Article parlant de santé mentale
#santementale
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« Tant que je pouvais continuer, je considérais finalement que tout allait encore à peu près bien. »
Jusqu’au moment où le corps finit par rappeler qu’il a aussi ses limites.
Travail, vie perso, loisirs, repos… On nous apprend à tenir, à optimiser, à rester performant partout. Et chez les hommes, ne pas flancher reste encore souvent associé au fait d’être solide.
Mon nouvel article sur cette injonction à la performance, le productivisme et cette difficulté que j’ai encore à simplement m’arrêter avant d’être épuisé.
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#Productivisme #Performance #SantéMentale #Masculinités #Fatigue #BurnOut #Travail #HustleCulture #Repos #LâcherPrise #Déconstruction #BienEtre #Vulnérabilité #LibresEbats @gayfrance
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L’injonction à la performance : quand le corps ne suit plus
Avant mes vacances cet été, j'étais épuisé.
Je continuais pourtant à travailler, à remplir mes journées et à faire ce que j'avais à faire. Rien de suffisamment spectaculaire pour me faire penser que j'avais atteint une limite. Tant que je pouvais continuer, je considérais finalement que tout allait encore à peu près bien.
Puis une infection s'est déclarée au début de mes vacances et, plusieurs semaines plus tard, j'ai toujours du mal à m'en débarrasser complètement.
Je ne vais évidemment pas prétendre que ma fatigue a provoqué cette infection, ce serait beaucoup trop simpliste. En revanche, l'enchaînement m'a obligé à regarder autrement l'état dans lequel j'étais arrivé à cette période. Mon corps était déjà fatigué depuis un moment et, comme souvent, j'avais préféré continuer plutôt que ralentir.
Chez moi, la performance n'a jamais vraiment consisté à vouloir être meilleur que les autres. Elle consiste plutôt à tenir, à être disponible, à faire ce qui doit être fait et à éviter de montrer lorsque quelque chose devient trop lourd.
À 42 ans, je me rends compte à quel point cette manière de fonctionner correspond aussi à ce que l'on apprend traditionnellement aux hommes. Être solide, encaisser, travailler, assurer matériellement et émotionnellement, ne pas trop se plaindre et surtout ne pas donner l'impression que l'on perd le contrôle.
J'en ai déjà beaucoup parlé ici à propos du silence des hommes. La performance en est finalement une autre facette.
Celui qui arrive épuisé au travail mais tient sa journée est considéré comme courageux. Celui qui ne compte pas ses heures est investi. Celui qui reste disponible pour tout le monde malgré ses propres problèmes devient quelqu'un de fiable. On finit par porter son épuisement presque comme une preuve de sérieux.
Et le monde du travail ne fait évidemment rien pour nous décourager.
La *Hustle Culture*, cette valorisation permanente du travail, de l'efficacité et du dépassement de soi, a simplement poussé cette logique beaucoup plus loin. Il ne suffit plus de travailler, il faudrait être constamment en train de progresser, d'apprendre, d'entreprendre ou d'améliorer quelque chose.
Le productivisme a même fini par sortir du bureau.
Notre temps libre doit lui aussi devenir utile. Il faudrait faire du sport, lire, apprendre une langue, avoir des projets, cultiver son réseau, manger correctement et dormir suffisamment pour être de nouveau performant le lendemain.
Même le repos commence à ressembler au travail.
Le sommeil peut être mesuré, noté et optimisé. Nos pas sont comptés, notre rythme cardiaque analysé, notre temps d'écran surveillé. Pris séparément, ces outils peuvent évidemment avoir leur utilité. Mais je trouve assez révélateur que nous ayons réussi à appliquer les mêmes méthodes de mesure à notre corps qu'à une chaîne de production.
Le temps mort devient presque suspect.
Il faut qu'il serve à récupérer, à progresser ou à préparer quelque chose. Même lorsque nous ne produisons rien, nous devons au moins optimiser notre capacité à produire plus tard.
C'est peut-être l'une des réussites les plus insidieuses du productivisme moderne. Il n'a même plus besoin d'un patron derrière nous pour nous demander d'être efficaces, nous avons intégré nous-mêmes le logiciel.
Je me reconnais assez facilement là-dedans.
Lorsque quelque chose m'intéresse, j'ai envie de comprendre, d'essayer et d'aller le plus loin possible. Cela peut être un livre, un projet informatique, un nouveau service ou un sujet politique. J'aime cette curiosité et je n'ai aucune envie de m'en débarrasser, mais elle devient fatigante lorsque chaque centre d'intérêt se transforme en nouveau projet.
Je l'ai vu aussi avec ma consommation d'informations. Plus le monde m'inquiétait, plus je lisais, regardais des vidéos ou écoutais des podcasts, comme si accumuler suffisamment de connaissances allait finir par me rassurer. Cela a surtout réussi à ajouter de la fatigue à l'inquiétude.
Au fond, j'ai encore beaucoup de mal à ne rien faire sans avoir l'impression de perdre mon temps.
Il y a toujours quelque chose à lire, un message auquel répondre ou un projet sur lequel avancer. Pendant longtemps, j'ai considéré le repos comme quelque chose qui arrivait une fois le travail terminé.
Le problème est assez évident, le travail n'est jamais terminé.
Il y aura toujours un mail, une tâche, une idée ou quelque chose qui pourrait être amélioré.
C'est probablement cette logique que j'ai besoin de remettre en question aujourd'hui. Ralentir ne signifie pas devenir moins curieux ou renoncer à faire des choses. Cela signifie peut-être simplement accepter que tout n'a pas besoin d'être accompli immédiatement et que certaines heures n'ont pas besoin d'être rentabilisées.
C'est assez ironique lorsque je relis ce que j'écrivais il y a quelques mois sur les hommes qui attendent d'être au bord du précipice avant de commencer à parler. Je sais depuis longtemps que l'on ne peut pas tirer indéfiniment sur la corde, mais savoir quelque chose intellectuellement ne signifie visiblement pas que l'on sait toujours l'appliquer à soi-même.
Mon burn-out et ma dépression m'avaient déjà montré ce qui arrive lorsque l'on ignore trop longtemps certains signaux. Cet été m'en a donné un nouveau rappel.
Je ne deviendrai probablement jamais quelqu'un qui passe des heures sans rien faire sans chercher une nouvelle occupation. Ce n'est tout simplement pas mon caractère.
En revanche, je peux peut-être arrêter de considérer la fatigue comme un obstacle à surmonter et le repos comme une récompense qu'il faudrait avoir méritée.
Finalement, le droit de ne pas être performant commence peut-être simplement là, accepter que notre valeur ne dépend pas de ce que nous sommes capables de produire, de supporter ou d'accomplir.
Et réussir à s'arrêter avant que le corps ne finisse par le décider à notre place.
« Je me répétais toujours la même chose : pas toi. »
Pendant des années, j'ai cru que me taire était la solution la plus simple. Je pensais préserver les autres. En réalité, je protégeais surtout l'équilibre que j'avais construit autour de ce secret.
Mon nouvel article. Celui que je n'étais pas encore prêt à écrire.
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#masculinités #SantéMentale #Thérapie #LibresEbats #Bisexualité #Dépression #psychologie #Bienetre #Vulnérabilité #ComingOut #Parole #Silence #Hommes #témoignage #identité
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Quoting
Dans mes deux derniers billets, je parlais du silence des hommes et de la peur de consulter un psy. J'ai dit beaucoup de choses. Mais il restait un sujet que je n'étais pas encore prêt à aborder.
Je n'ai jamais fait de coming out sur ma bisexualité. Quelques personnes sont au courant, mais pas ma famille, ni tous mes proches.
Avec le recul, je réalise que cette part de moi, restée longtemps dans l'ombre, a probablement pesé bien plus lourd que je ne voulais l'admettre. Les premiers indices remontent pourtant à l'adolescence.
À l'époque, je ne les interprétais pas de cette manière. Parfois un échange de regard, une émotion incompréhensible, une attirance que je préférais ignorer. Je les ai laissés de côté, en espérant qu'ils finiraient par disparaître.
Vers vingt ans, un homme rencontré sur un site de rencontres gay, Jmec de mémoire, m'avait proposé un rendez-vous. Plus la date approchait, plus je sentais monter un mélange d'excitation et d'angoisse.
Une partie de moi avait envie d'y aller. L'autre cherchait déjà une bonne raison d'annuler.
Au dernier moment, je lui ai dit que je ne pouvais pas venir. Mes mains tremblaient en écrivant le message. Ce n'était pas parce qu'il ne m'attirait pas. C'était parce que je n'étais pas capable de comprendre ce qui se passait en moi. Alors je me suis raccroché à l'explication la plus rassurante. Je me suis convaincu qu'il ne s'agissait que d'une curiosité, d'une phase qui finirait par passer. Après tout, j'étais attiré par les femmes. Je voulais croire que cela suffisait à répondre aux questions que je refusais encore de me poser.
Les années ont passé et j'ai continué à repousser ces interrogations. Elles revenaient pourtant régulièrement, parfois au détour d'un rêve, parfois d'une pensée ou d'une émotion que je n'arrivais pas à expliquer. Je me répétais toujours la même chose : pas toi.
Pendant ce temps, je construisais des relations hétérosexuelles longues et sincères. C'était la vie que je connaissais, celle dans laquelle je m'étais construit et qui ne soulevait aucune question aux yeux des autres.
Vers vingt-huit ans, entre deux relations longues, j'ai vécu ma première véritable expérience avec un homme. Cette fois, il ne s'agissait plus d'une simple curiosité, il y avait du désir, il y avait du plaisir, et cette expérience venait confirmer quelque chose qui m'accompagnait silencieusement depuis l'adolescence. Sur le moment, je me suis senti à la fois soulagé d'avoir enfin une réponse et profondément déstabilisé par tout ce qu'elle impliquait pour la suite.
Ce n'est plus une question de honte. Cette étape, je crois l'avoir franchie depuis longtemps. Ce qui reste difficile, c'est tout ce qui gravite autour.
Comment annoncer à ceux que l'on aime qu'ils ne connaissent qu'une partie de notre histoire, sans leur donner le sentiment d'avoir été trompés ?
Pendant des années, je me suis persuadé que garder le silence était la solution la plus simple. Je pensais préserver les autres. En réalité, je protégeais surtout l'équilibre que j'avais construit autour de ce secret.
En écrivant mes deux précédents articles, j'ai réalisé quelque chose que je n'avais jamais vraiment dit. Je pensais parler du silence des hommes, en réalité, je racontais aussi une partie de mon histoire. Je ne gardais pas seulement mes émotions pour moi, je gardais également une partie de mon identité.
Lorsque ma dépression est arrivée, je vivais avec cette impression permanente de devoir adapter mon discours selon les personnes que j'avais en face de moi. Au travail, avec ma famille ou avec certains amis, je ne racontais jamais exactement la même histoire. Je me suis accroché au travail, persuadé que rester occupé suffirait à faire taire toutes les questions que je refusais encore de me poser.
Je contournais les conversations qui me mettaient mal à l'aise, j'évitais soigneusement de regarder ce qui se passait en moi et, sans même m'en rendre compte, je m'épuisais à maintenir une stabilité qui devenait chaque jour un peu plus fragile. Je me suis épuisé.
C'est dans ce contexte que j'ai commencé à consulter une psychologue. Je me souviens qu'elle ne m'a jamais demandé si j'étais gay, bi ou hétéro, ni si ma famille était au courant. La seule chose qui l'intéressait, c'était de comprendre ce qui me faisait souffrir.
Sur le moment, cette question m'a presque surpris par sa simplicité. Aujourd'hui, je crois surtout qu'elle m'a permis, pour la première fois depuis longtemps, de ne plus avoir à choisir quelle version de moi j'allais raconter. Je pouvais simplement dire que je n'allais pas bien. J'ai fini par comprendre ce n'était pas ma bisexualité qui me faisait souffrir.
Ce qui m'épuisait, c'était cette vigilance permanente qui consistait à réfléchir avant chaque phrase, à me demander ce que je pouvais dire, à qui, et ce qu'il valait mieux garder pour moi. À force, on finit par surveiller chacun de ses mots sans même s'en apercevoir, jusqu'à oublier ce que cela fait de parler librement.
Aujourd'hui, je continue à composer avec cette réalité. Certaines personnes connaissent cette partie de moi et cela n'a absolument rien changé à notre relation. D'autres n'en savent toujours rien. Selon les situations, je choisis encore mes mots, j'évite certains sujets et il m'arrive même de laisser les autres tirer leurs propres conclusions, simplement parce que je ne me sens pas prêt à engager une conversation qui pourrait tout bouleverser.
C'est devenu un réflexe, maintenant.
Écrire ces mots m'a fait du bien. Partager, même partiellement, m'a libéré d'un poids invisible.
Je ne suis plus tout à fait seul. Des espaces existent où je peux être entier comme celui-ci, sans filtre, sans cette vigilance permanente.
Et puis il y a ces échanges, comme ceux que je partage avec des amis nouveaux ou anciens, où je n'ai plus besoin de tricher. Des espaces où la fatigue commence à retomber.
Je ne sais pas encore où tout ça va mener.
Mais pour la première fois depuis longtemps, je sens la pression retomber.
« J'avais peur d'ouvrir une boîte de Pandore. »
C'est ce que je croyais avant de pousser la porte du cabinet.
En réalité, la boîte était déjà ouverte. Elle ne parlait simplement pas avec des mots.
Mon nouvel article explore cette frontière invisible entre la peur et le besoin de parler.
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Pourquoi avons-nous si peur d'aller voir un psy ?
Il y a quelques jours, je publiais un article dans lequel je m'interrogeais sur les raisons qui poussent tant d'hommes à attendre d'être au bord du précipice avant de parler de leur souffrance. En le relisant, je me suis rendu compte qu'il soulevait une autre question, tout aussi importante.
Pourquoi avons-nous si peur d'aller voir un psy ?
Pendant longtemps, je croyais que le plus difficile, lorsqu'on décide d'aller voir un psy, était de pousser la porte de son cabinet.
Avec le recul, je me rends compte que je me trompais. Le plus difficile, ce n'était pas de prendre rendez-vous. C'était d'accepter ce qui risquait de se passer une fois assis dans le fauteuil. J'avais peur d'ouvrir une boîte de Pandore.
On parle souvent de la peur du regard des autres. Dire que l'on voit une psychologue reste encore associé, dans beaucoup d'esprits, surtout dans la sphère masculine à une forme de faiblesse. Comme si demander de l'aide signifiait que l'on n'était plus capable de tenir.
Mais je crois qu'il existe une crainte plus silencieuse. La peur de découvrir que l'on va beaucoup plus mal qu'on ne voulait bien l'admettre.
Pendant des années, je me suis raconté que j'allais finir par m'en sortir seul. Je continuais à travailler, à voir du monde, à faire ce que l'on attendait de moi. J'avais l'impression que tant que je continuais à avancer, c'est que tout n'allait pas si mal. En réalité, je retardais simplement le moment de regarder les choses en face.
Les chiffres montrent que ce comportement est loin d'être exceptionnel. En France, les femmes représentaient environ les deux tiers des consultations chez les psychologues en 2023-2024, contre seulement un tiers pour les hommes (FondaMental). Plus préoccupant encore, parmi les adultes ayant traversé un épisode dépressif caractérisé, plus d'un sur deux ne bénéficie d'aucune prise en charge en santé mentale (Santé Publique France, Baromètre 2024).
Ces chiffres ne disent pas pourquoi les hommes consultent moins. Mais ils montrent que cette difficulté dépasse largement les histoires individuelles.
Quand j'ai traversé ma dépression, j'ai fini par comprendre une chose, je n'avais pas peur de la psychologue, j'avais peur de moi-même.
Peur que des souvenirs remontent. Peur de découvrir que certaines blessures étaient encore là. Peur de réaliser que je n'étais pas aussi solide que je voulais le croire.
Tant que je gardais tout cela à distance, j'avais l'impression de contrôler la situation. Je pouvais continuer à me dire que le plus dur était derrière moi. Qu'il suffisait d'attendre encore un peu.
En y repensant, je crois que c'était une illusion, la boîte de Pandore était déjà ouverte.
Elle ne parlait simplement pas avec des mots. Elle s'exprimait autrement : par une fatigue permanente, une tension nerveuse, une difficulté à lâcher prise et cette impression de devoir toujours rester en contrôle. Mon corps exprimait depuis longtemps ce que je refusais encore de regarder. Pendant les pires crises que j'ai pu connaître, mon corps m'a servi de défouloir, de punching-ball au sens premier. Car ma colère, mon mal-être ne devaient pas affecter les autres, alors je me suis retourné vers la seule personne que j'avais sous la main : moi-même.
C'est là que la surprise est venue. J'avais cru que les séances allaient ouvrir des blessures. En fait, elles m'ont juste appris à les reconnaître.
Ma psy n'a pas inventé ma souffrance. Elle m'a aidé à mettre des étiquettes dessus. J'ai compris que parler ne rendait pas les émotions plus fortes. Au contraire, les nommer leur faisait souvent perdre une partie de leur pouvoir. Ça paraît évident maintenant. Pourtant, ça allait complètement à l'encontre de ce que j'avais appris.
On imagine parfois qu'il suffit de quelques séances pour aller mieux, comme si un professionnel allait nous apporter toutes les réponses. En réalité, j'ai souvent eu l'impression de ressortir des premières séances avec davantage de questions que de certitudes.
Il y a des rendez-vous qui, sur le moment, m'ont laissé de marbre. Et pourtant, ce sont souvent eux qui m'ont fait me réveiller en pleine nuit, en pleurs, face à une prise de conscience ou une remontée de souvenirs que je croyais enfouis. Sur le moment, c'était parfois inconfortable. Avec le recul, je comprends que c'était aussi le signe que quelque chose commençait enfin à bouger.
Je me sens incontestablement mieux aujourd'hui qu'au moment où j'ai commencé mon suivi. Pourtant, je serais incapable de dire que tout est réglé. Certaines blessures sont encore là. Il m'arrive toujours de vouloir tout contrôler ou de retomber dans des schémas que je croyais derrière moi. La différence, c'est que je les reconnais davantage et que je ne les laisse plus s'installer en silence.
Finalement, le plus grand changement n'est peut-être pas d'avoir trouvé toutes les réponses. C'est d'avoir accepté de ne plus les chercher seul.
Aujourd'hui, je sais qu'il faut oser demander de l'aide avant que ça ne devienne impossible. Parce que oui, j'ai eu peur. Mais la peur, ce n'est pas une raison pour ne jamais avancer.
« Les hommes ne savent pas communiquer. »
On entend souvent cette phrase.
Et si le problème était ailleurs ? Et si nous avions simplement appris que certaines émotions ne devaient jamais être exprimées ?
C'est le point de départ de mon nouvel article, inspiré par la lecture de "Dans le noir, je crie" de Sikou Niakate.
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Il y a des livres qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux qui continuent à nous accompagner bien après la dernière page. « Dans le noir, je crie » de Sikou Niakate fait clairement partie de ceux-là.
Dans ce récit autobiographique, Sikou Niakate raconte son parcours de jeune homme noir ayant grandi dans un quartier populaire. Il y parle du racisme, du déterminisme social, du regard des autres, mais aussi de ce que l'on apprend très tôt lorsqu'on grandit dans certains milieux : un homme ne montre pas ses émotions.
Enfant, les garçons de son quartier apprenaient très tôt que la peur, la tristesse ou le besoin de douceur n'avaient pas leur place. Ce n'est qu'en échangeant avec d'autres hommes, bien plus tard, qu'il a compris que cette solitude était largement partagée.
Bien sûr, son histoire n'est pas la mienne. Pourtant, en refermant ce livre, une question ne me quittait plus.
Pourquoi les hommes attendent-ils presque toujours d'être au bord du précipice pour commencer à parler ?
Cette question m'a poursuivi plusieurs jours. Et plus j'y réfléchissais, moins je me reconnaissais dans l'idée que les hommes ne sauraient pas communiquer.
Ce n'est pas que nous soyons incapables de parler. Nous passons parfois des soirées entières à refaire le monde. Mais dès qu'il s'agit de dire “je vais mal”, tout devient beaucoup plus compliqué.
Comme si personne ne nous avait jamais appris cette langue-là.
Depuis la cour de récré, la règle est toujours la même. Un garçon doit être solide. Il doit encaisser, contrôler ses émotions, rassurer les autres et ne jamais montrer qu'il vacille. Pleurer devant d'autres hommes reste aujourd'hui encore un exercice presque impossible. On préfère plaisanter autour d'une bière, parler taf ou raconter des conneries plutôt que d'avouer qu'on est au bout du rouleau.
Au fond, je retrouve exactement le même mécanisme que dans mes précédentes réflexions sur la performance, le lâcher-prise ou mon burn-out. Le décor change, mais le scénario reste identique. On attend d'un homme qu'il puisse tout traverser seul, sans jamais demander d'aide.
Quand j'ai sombré dans la dépression, j'ai appliqué cette règle à la lettre. Je n'en ai pas parlé à mes amis. Je n'en ai même pas parlé à mon père.
Certains savaient sans doute que quelque chose n'allait pas. Mais personne ne posait vraiment la question. Et moi, je faisais tout pour qu'on ne me la pose pas.
Avec le recul, cela me paraît complètement absurde. J'étais en train de m'effondrer de l'intérieur, mais je continuais à jouer mon rôle. Je souriais. Je travaillais. Je faisais comme si tout allait bien.
Le problème, c'est que ce silence ne protège de rien.
À force de tout garder pour soi, les émotions finissent toujours par trouver une autre sortie. Chez certains, ce sera un burn-out. Chez d'autres, une dépression, des addictions ou une colère permanente dont ils ne comprennent même plus l'origine. Certains retournent cette violence contre leurs proches. D'autres contre eux-mêmes. Et parfois, lorsque plus rien ne semble supportable, ce silence conduit jusqu'au suicide.
J'ai appris à la dure que lorsque je garde tout pour moi, c'est mon corps qui finit par payer.
S'il y a bien une chose que mon suivi chez ma psy m'a apprise, c'est que parler n'est pas un signe de faiblesse. J'y ai appris à mettre des mots sur ce qui me traverse avant que mon corps ne décide de le faire à ma place. Cela n'efface pas tout. Mais on ne porte plus ça tout seul.
Depuis quelque temps, je remarque que je me livre beaucoup plus facilement qu'avant. Je n'ai plus ce réflexe de tout garder pour moi. Aujourd'hui, il m'arrive plus souvent de dire quand quelque chose ne va pas, même si ce n'est pas toujours facile.
Cette évolution m'a aussi permis de nouer une relation que je n'aurais jamais imaginée il y a quelques années. J'entretiens une correspondance avec un homme qui est devenu un véritable ami. Au fil de nos échanges, nous avons fini par parler de nos blessures, de nos doutes, de notre santé mentale, de nos peurs... Il y a encore quelques années, je n'aurais jamais imaginé avoir ce genre de conversations, encore moins avec un autre homme. Nous évoquons nos fragilités sans chercher à paraître plus forts que nous ne le sommes réellement. Il n'y a ni compétition, ni jugement, ni tabou. Juste deux hommes qui osent dire des choses qu'ils n'auraient sans doute jamais dites ailleurs.
Je me demande parfois si ce n'est pas justement l'écriture qui rend cette sincérité possible. Derrière un écran, on a le temps de réfléchir. On peut effacer une phrase, la réécrire, hésiter, puis finalement envoyer un message que l'on n'aurait probablement jamais osé prononcer à voix haute. L'écriture offre cette distance qui rend parfois la sincérité plus accessible.
Cette correspondance est devenue un endroit où je n'ai plus besoin de faire semblant que tout va bien.
Pour autant, je suis loin d'avoir réglé toutes mes difficultés.
La communication avec mon père reste très superficielle. Il y a des conversations que nous n'avons jamais eues.
Peut-être que nous ne les aurons jamais.
Ce n'est pas de sa faute, ni de la mienne. Nous avons simplement appris le même langage, celui où certaines émotions restent silencieuses.
C'est aussi ce qui m'a touché dans le livre de Sikou Niakate. Les discriminations qu'il raconte sont très différentes de ce que j'ai vécu. Pourtant, je retrouve un mécanisme commun. Lorsqu'une société t'apprend qu'une partie de toi n'est pas acceptable, tu finis par devenir celui que les autres attendent. Et à force de jouer ce rôle, tu oublies parfois qui tu es réellement.
Je me demande parfois combien d'hommes vivent comme je l'ai fait pendant des années, en gardant pour eux tout ce qui les fragilise.
Pas parce qu'ils cachent leur identité, mais parce qu'ils cachent leurs peurs, leurs doutes, leur fatigue et leurs blessures derrière une image de solidité que tout le monde valorise... jusqu'au jour où elle finit par s'effondrer.
Pendant longtemps, j'ai cru que les hommes ne savaient pas parler de leurs émotions.
Aujourd'hui, je crois surtout que nous avons appris à nous taire.
Alors nous attendons.
Nous attendons qu'un burn-out, une dépression, une séparation ou un deuil nous obligent enfin à parler. Et parfois, nous attendons tellement longtemps qu'il est déjà trop tard.
Peut-être que le problème n'est pas le silence des hommes.
Peut-être est-il dans cette étrange idée qu'il faudrait d'abord toucher le fond avant de s'autoriser à dire simplement :
« Je ne vais pas bien. »
Le fiston qui fait des BD voudrait venir sur Mastodon, là où il aurait un public.
La question de l'instance se pose.
Ambiance : queer et artistique
Si vous avez des suggestions...
Je lui ai bien sûr parlé de mon instance qui est top, mais peut-être qu'il y a mieux pour lui
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