Article parlant de (homo)sexualité
#temoignage
5 posts · Last used Jul 22
« Je me répétais toujours la même chose : pas toi. »
Pendant des années, j'ai cru que me taire était la solution la plus simple. Je pensais préserver les autres. En réalité, je protégeais surtout l'équilibre que j'avais construit autour de ce secret.
Mon nouvel article. Celui que je n'étais pas encore prêt à écrire.
blogs.gayfr.social/libres-ebat…
Vos retours m'intéressent. Partage apprécié.
#masculinités #SantéMentale #Thérapie #LibresEbats #Bisexualité #Dépression #psychologie #Bienetre #Vulnérabilité #ComingOut #Parole #Silence #Hommes #témoignage #identité
RE: blogs.gayfr.social/api/posts/h…
Quoting
Dans mes deux derniers billets, je parlais du silence des hommes et de la peur de consulter un psy. J'ai dit beaucoup de choses. Mais il restait un sujet que je n'étais pas encore prêt à aborder.
Je n'ai jamais fait de coming out sur ma bisexualité. Quelques personnes sont au courant, mais pas ma famille, ni tous mes proches.
Avec le recul, je réalise que cette part de moi, restée longtemps dans l'ombre, a probablement pesé bien plus lourd que je ne voulais l'admettre. Les premiers indices remontent pourtant à l'adolescence.
À l'époque, je ne les interprétais pas de cette manière. Parfois un échange de regard, une émotion incompréhensible, une attirance que je préférais ignorer. Je les ai laissés de côté, en espérant qu'ils finiraient par disparaître.
Vers vingt ans, un homme rencontré sur un site de rencontres gay, Jmec de mémoire, m'avait proposé un rendez-vous. Plus la date approchait, plus je sentais monter un mélange d'excitation et d'angoisse.
Une partie de moi avait envie d'y aller. L'autre cherchait déjà une bonne raison d'annuler.
Au dernier moment, je lui ai dit que je ne pouvais pas venir. Mes mains tremblaient en écrivant le message. Ce n'était pas parce qu'il ne m'attirait pas. C'était parce que je n'étais pas capable de comprendre ce qui se passait en moi. Alors je me suis raccroché à l'explication la plus rassurante. Je me suis convaincu qu'il ne s'agissait que d'une curiosité, d'une phase qui finirait par passer. Après tout, j'étais attiré par les femmes. Je voulais croire que cela suffisait à répondre aux questions que je refusais encore de me poser.
Les années ont passé et j'ai continué à repousser ces interrogations. Elles revenaient pourtant régulièrement, parfois au détour d'un rêve, parfois d'une pensée ou d'une émotion que je n'arrivais pas à expliquer. Je me répétais toujours la même chose : pas toi.
Pendant ce temps, je construisais des relations hétérosexuelles longues et sincères. C'était la vie que je connaissais, celle dans laquelle je m'étais construit et qui ne soulevait aucune question aux yeux des autres.
Vers vingt-huit ans, entre deux relations longues, j'ai vécu ma première véritable expérience avec un homme. Cette fois, il ne s'agissait plus d'une simple curiosité, il y avait du désir, il y avait du plaisir, et cette expérience venait confirmer quelque chose qui m'accompagnait silencieusement depuis l'adolescence. Sur le moment, je me suis senti à la fois soulagé d'avoir enfin une réponse et profondément déstabilisé par tout ce qu'elle impliquait pour la suite.
Ce n'est plus une question de honte. Cette étape, je crois l'avoir franchie depuis longtemps. Ce qui reste difficile, c'est tout ce qui gravite autour.
Comment annoncer à ceux que l'on aime qu'ils ne connaissent qu'une partie de notre histoire, sans leur donner le sentiment d'avoir été trompés ?
Pendant des années, je me suis persuadé que garder le silence était la solution la plus simple. Je pensais préserver les autres. En réalité, je protégeais surtout l'équilibre que j'avais construit autour de ce secret.
En écrivant mes deux précédents articles, j'ai réalisé quelque chose que je n'avais jamais vraiment dit. Je pensais parler du silence des hommes, en réalité, je racontais aussi une partie de mon histoire. Je ne gardais pas seulement mes émotions pour moi, je gardais également une partie de mon identité.
Lorsque ma dépression est arrivée, je vivais avec cette impression permanente de devoir adapter mon discours selon les personnes que j'avais en face de moi. Au travail, avec ma famille ou avec certains amis, je ne racontais jamais exactement la même histoire. Je me suis accroché au travail, persuadé que rester occupé suffirait à faire taire toutes les questions que je refusais encore de me poser.
Je contournais les conversations qui me mettaient mal à l'aise, j'évitais soigneusement de regarder ce qui se passait en moi et, sans même m'en rendre compte, je m'épuisais à maintenir une stabilité qui devenait chaque jour un peu plus fragile. Je me suis épuisé.
C'est dans ce contexte que j'ai commencé à consulter une psychologue. Je me souviens qu'elle ne m'a jamais demandé si j'étais gay, bi ou hétéro, ni si ma famille était au courant. La seule chose qui l'intéressait, c'était de comprendre ce qui me faisait souffrir.
Sur le moment, cette question m'a presque surpris par sa simplicité. Aujourd'hui, je crois surtout qu'elle m'a permis, pour la première fois depuis longtemps, de ne plus avoir à choisir quelle version de moi j'allais raconter. Je pouvais simplement dire que je n'allais pas bien. J'ai fini par comprendre ce n'était pas ma bisexualité qui me faisait souffrir.
Ce qui m'épuisait, c'était cette vigilance permanente qui consistait à réfléchir avant chaque phrase, à me demander ce que je pouvais dire, à qui, et ce qu'il valait mieux garder pour moi. À force, on finit par surveiller chacun de ses mots sans même s'en apercevoir, jusqu'à oublier ce que cela fait de parler librement.
Aujourd'hui, je continue à composer avec cette réalité. Certaines personnes connaissent cette partie de moi et cela n'a absolument rien changé à notre relation. D'autres n'en savent toujours rien. Selon les situations, je choisis encore mes mots, j'évite certains sujets et il m'arrive même de laisser les autres tirer leurs propres conclusions, simplement parce que je ne me sens pas prêt à engager une conversation qui pourrait tout bouleverser.
C'est devenu un réflexe, maintenant.
Écrire ces mots m'a fait du bien. Partager, même partiellement, m'a libéré d'un poids invisible.
Je ne suis plus tout à fait seul. Des espaces existent où je peux être entier comme celui-ci, sans filtre, sans cette vigilance permanente.
Et puis il y a ces échanges, comme ceux que je partage avec des amis nouveaux ou anciens, où je n'ai plus besoin de tricher. Des espaces où la fatigue commence à retomber.
Je ne sais pas encore où tout ça va mener.
Mais pour la première fois depuis longtemps, je sens la pression retomber.
Article parlant de coming-out et d'homophobie parentale
J'avais pensé publier cet article hier mais je ne le trouvais pas entièrement abouti et il avait besoin d'être remanié.
J'y aborde un sujet parfois un peu tabou : pourquoi certains/certaines sont plutôt attiré (intellectuellement et socialement) par des personnes plus âgées qu'elles.
Je n'ai pas l'ombre d'une réponse mais quelques hypothèses que j'ai bien été "obligé" d'émettre puisque j'ai vécu/vis cette situation qui a tendance à s'inverser avec l'âge.
Je vous livre donc mes réflexions dans ce nouveau billet :
https://blogs.gayfr.social/carnets-de-tout-et-de-rien/de-lattirance
#gayfr #relationsSociales #amitié #complicité #attirance #homosexualité #échanges #témoignage #blog
Vos retours m'intéressent, bien sûr!
« J'avais peur d'ouvrir une boîte de Pandore. »
C'est ce que je croyais avant de pousser la porte du cabinet.
En réalité, la boîte était déjà ouverte. Elle ne parlait simplement pas avec des mots.
Mon nouvel article explore cette frontière invisible entre la peur et le besoin de parler.
blogs.gayfr.social/libres-ebat…
Vos retours m'intéressent. Partage apprécié.
#masculinités #SantéMentale #Thérapie #LibresEbats #Dépression #psychologie #BurnOut #Bienetre #Vulnérabilité #Dialogue #Parole #Silence #Hommes #témoignage #homme
RE: blogs.gayfr.social/api/posts/l…
Quoting
Pourquoi avons-nous si peur d'aller voir un psy ?
Il y a quelques jours, je publiais un article dans lequel je m'interrogeais sur les raisons qui poussent tant d'hommes à attendre d'être au bord du précipice avant de parler de leur souffrance. En le relisant, je me suis rendu compte qu'il soulevait une autre question, tout aussi importante.
Pourquoi avons-nous si peur d'aller voir un psy ?
Pendant longtemps, je croyais que le plus difficile, lorsqu'on décide d'aller voir un psy, était de pousser la porte de son cabinet.
Avec le recul, je me rends compte que je me trompais. Le plus difficile, ce n'était pas de prendre rendez-vous. C'était d'accepter ce qui risquait de se passer une fois assis dans le fauteuil. J'avais peur d'ouvrir une boîte de Pandore.
On parle souvent de la peur du regard des autres. Dire que l'on voit une psychologue reste encore associé, dans beaucoup d'esprits, surtout dans la sphère masculine à une forme de faiblesse. Comme si demander de l'aide signifiait que l'on n'était plus capable de tenir.
Mais je crois qu'il existe une crainte plus silencieuse. La peur de découvrir que l'on va beaucoup plus mal qu'on ne voulait bien l'admettre.
Pendant des années, je me suis raconté que j'allais finir par m'en sortir seul. Je continuais à travailler, à voir du monde, à faire ce que l'on attendait de moi. J'avais l'impression que tant que je continuais à avancer, c'est que tout n'allait pas si mal. En réalité, je retardais simplement le moment de regarder les choses en face.
Les chiffres montrent que ce comportement est loin d'être exceptionnel. En France, les femmes représentaient environ les deux tiers des consultations chez les psychologues en 2023-2024, contre seulement un tiers pour les hommes (FondaMental). Plus préoccupant encore, parmi les adultes ayant traversé un épisode dépressif caractérisé, plus d'un sur deux ne bénéficie d'aucune prise en charge en santé mentale (Santé Publique France, Baromètre 2024).
Ces chiffres ne disent pas pourquoi les hommes consultent moins. Mais ils montrent que cette difficulté dépasse largement les histoires individuelles.
Quand j'ai traversé ma dépression, j'ai fini par comprendre une chose, je n'avais pas peur de la psychologue, j'avais peur de moi-même.
Peur que des souvenirs remontent. Peur de découvrir que certaines blessures étaient encore là. Peur de réaliser que je n'étais pas aussi solide que je voulais le croire.
Tant que je gardais tout cela à distance, j'avais l'impression de contrôler la situation. Je pouvais continuer à me dire que le plus dur était derrière moi. Qu'il suffisait d'attendre encore un peu.
En y repensant, je crois que c'était une illusion, la boîte de Pandore était déjà ouverte.
Elle ne parlait simplement pas avec des mots. Elle s'exprimait autrement : par une fatigue permanente, une tension nerveuse, une difficulté à lâcher prise et cette impression de devoir toujours rester en contrôle. Mon corps exprimait depuis longtemps ce que je refusais encore de regarder. Pendant les pires crises que j'ai pu connaître, mon corps m'a servi de défouloir, de punching-ball au sens premier. Car ma colère, mon mal-être ne devaient pas affecter les autres, alors je me suis retourné vers la seule personne que j'avais sous la main : moi-même.
C'est là que la surprise est venue. J'avais cru que les séances allaient ouvrir des blessures. En fait, elles m'ont juste appris à les reconnaître.
Ma psy n'a pas inventé ma souffrance. Elle m'a aidé à mettre des étiquettes dessus. J'ai compris que parler ne rendait pas les émotions plus fortes. Au contraire, les nommer leur faisait souvent perdre une partie de leur pouvoir. Ça paraît évident maintenant. Pourtant, ça allait complètement à l'encontre de ce que j'avais appris.
On imagine parfois qu'il suffit de quelques séances pour aller mieux, comme si un professionnel allait nous apporter toutes les réponses. En réalité, j'ai souvent eu l'impression de ressortir des premières séances avec davantage de questions que de certitudes.
Il y a des rendez-vous qui, sur le moment, m'ont laissé de marbre. Et pourtant, ce sont souvent eux qui m'ont fait me réveiller en pleine nuit, en pleurs, face à une prise de conscience ou une remontée de souvenirs que je croyais enfouis. Sur le moment, c'était parfois inconfortable. Avec le recul, je comprends que c'était aussi le signe que quelque chose commençait enfin à bouger.
Je me sens incontestablement mieux aujourd'hui qu'au moment où j'ai commencé mon suivi. Pourtant, je serais incapable de dire que tout est réglé. Certaines blessures sont encore là. Il m'arrive toujours de vouloir tout contrôler ou de retomber dans des schémas que je croyais derrière moi. La différence, c'est que je les reconnais davantage et que je ne les laisse plus s'installer en silence.
Finalement, le plus grand changement n'est peut-être pas d'avoir trouvé toutes les réponses. C'est d'avoir accepté de ne plus les chercher seul.
Aujourd'hui, je sais qu'il faut oser demander de l'aide avant que ça ne devienne impossible. Parce que oui, j'ai eu peur. Mais la peur, ce n'est pas une raison pour ne jamais avancer.
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